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Le Streamer, c’est le pied !
Publié en ligne le lundi 12 juillet 2004
 




Pour un spécialiste de la nymphe à vue, le streamer en rivière peut paraître grossier.
Or, cette technique semble offrir des subtilités remarquables et permettre de tenter des grosses truites carnassières. Récit d’une expérience.

Texte Bernard MAILLET

Photos DR et Christophe BOUET

Avec l’aimable autorisation de Fabrice MONNEL
et

 

Ma première rencontre avec un streamer a eu lieu, il y a bien des années, sur un charmant petit lac situé dans le département de l’Isère. Ce matin là, les conditions météorologiques n’incitaient guère à la pratique de la sèche ou de la nymphe. Pluie incessante, fortes bourrasques de vent, vagues ...
Bref, j’avais alors le choix entre faire demi-tour ou me résigner à pêcher au « streamer ». C’est sans trop de conviction que je passai ma ligne toute neuve dans les anneaux de la canne et fixai mon streamer, aussi étincelant qu’une papillote, sur la pointe du bas de ligne. À grand renfort de double traction, et n’hésitant pas à utiliser pour cela le bras tout entier, l’épaule, le torse, les hanches et même les fessiers, j’expédiai enfin le tout à distance convenable. Dieu ! Que ce lancer fut beau ! D’ailleurs, les canards, seuls spectateurs ce jour-là, en sont restés le bec cloué ! Il est vrai que c’est un bon public ...
Ignorant totalement la profondeur de la fosse où j’avais la prétention de pêcher, tout autant que la vitesse de plongée de ce type de ligne, je posai tout bonnement ma canne sur le plat bord du bateau pour allumer un petit cigare, en me disant que, de toute manière, tout ce bastringue finirait bien par parvenir au fond. C’est vous dire si l’engouement était de mis ...

« J’ai dû accrocher le fond ! »

Je repris enfin ma canne, et j’effectuai une, deux, trois tirées très courtes, suivies d’un relâché, puis une longue tirée et ainsi de suite ... Un peu comme au mort manié en quelque sorte. À peine mon streamer avait-il parcouru quelques mètres que, soudain, tout se bloque ! " Sûr, j’ai dû accrocher le fond !" Tout en jurant, je m’apprêtais déjà à perdre mon héroïque oriflamme, en tirant résolument sur la ligne, pour sentir subitement que cela bougeait là-bas, au bout. De violents coups de tête, suivis de longues tirées, courbaient généreusement la canne, tandis que le moulinet se mettait à chanter. Après quelques minutes d’un rude combat, la truite finit par se rendre : une arc-en-ciel de plus de quatre kilos, en parfaite condition.

Tu parles d’un bol ! Une truite de cette taille au premier lancer ! Comme par enchantement, mon manque d’enthousiasme fut subitement effacé par mon instinct de prédateur. Désormais, il fallait que je m’applique, il fallait que je prenne. En calquant la cadence d’animation et de récupération, cette prise aussi inattendue qu’inespérée fut bientôt suivie par d’autres, de tailles plus modestes. En rentrant chez moi, je gardais l’esprit songeur ... À la réflexion, la pêche au streamer, même si elle demeure bien éloignée des traditionnelles techniques de pêche à la mouche, est une technique à part entière non dénuée d’intérêt. Elle n’a rien d’une pêche passive, qui consiste à ratisser de manière systématique et mécanique. Au contraire, c’est une pêche active, intense, pleine de finesse et d’émotion. Elle nécessite aussi le sens de l’observation, de l’analyse, et réclame de multiples stratégies. En tout état de cause, cette première expérience et les nombreuses autres qui s’en suivirent m’ont permis de mieux connaître, de mieux comprendre les multiples facettes de la pêche au streamer.

Imprenables ? Pas au streamer

Le poète disait : « La pensée a des ailes, nul ne peut arrêter son envol ». Aussi, si je me suis investi dans la pêche au streamer en rivière, ce n’est certes pas le fruit du hasard, mais plutôt celui de la réflexion. Dans notre pays, il y a une multitude de cours d’eau où le streamer peut trouver son champ d’application. Et je pense notamment à ces grandes rivières de première comme de seconde catégorie où vivent de grosses truites réputées imprenables à la mouche. Car il est vrai que le comportement alimentaire de ces poissons, essentiellement piscivores, déroute les plus fines cannes du pays. Alors, puisqu’elles boudent résolument nos mouches, peut-être préféreraient-elles une cuiller ou un leurre souple plutôt qu’un streamer ? Pour illustrer mon propos, voici une petite anecdote. Il y a quelques années, je me trouvais immobile au bord du cours d’eau, observant un beau sujet qui croisait nonchalamment au beau milieu d’une gravière. Réfléchissant sur la stratégie à adopter, j’aperçus subitement une vague d’étrave s’approchant rapidement de moi, et, dans mes pieds, dans une gerbe d’éclaboussures, une grosse truite parvint à s’emparer d’une truitelle de quinze centimètres environ. Un quart d’heure plus tard, à peine remis de ma stupeur, la voilà qui revient dans mes pieds pour en dévorer une seconde.
Du mois de mai jusqu’à fin août, j’ai observé ce poisson, et maintes fois j’ai tenté de le capturer. En vain. Il n’avait que faire de mes nymphes, même les plus grosses, car il passait toujours trop vite, toujours avide de la chair de ses congénères. Et chaque fois, c’était le même spectacle de désolation, car la « tueuse » revenait rarement bredouille. J’eus alors l’idée de construire, à l’aide de pierres plates, des caches pour servir de refuge aux poissonnets. Grâce à cela, nombre d’entre eux ont eu ainsi la vie sauve. Frères pêcheurs, pensez-y. Cela ne coûte pas cher et rend bien des services à nos futures partenaires.
Régulièrement, tôt le matin, je venais observer l’endroit et, durant toute la saison estivale, je l’apercevais. Puis un jour, j’eus la visite du garde-pêche bénévole, excellent pêcheur à la mouche et aux leurres. Explications fournies, dès le lendemain matin, le voilà à pied d’œuvre. Il observe un moment, aperçoit la tueuse en pleine activité, lance son leurre souple derrière elle, et la voilà qui se retourne rageusement pour s’en emparer : elle pesait exactement 3,900 kg, Pour conclure, si cette truite s’est saisie aussi rapidement de ce leurre souple, je pense qu’elle en aurait fait tout autant d’un streamer judicieusement animé.

Des constatations surprenantes

Ce cas n’est pas unique et il n’a rien d’exceptionnel. Ma pêche de prédilection étant la nymphe à vue, j’ai passé, grâce à elle, un nombre incalculable d’heures à approcher les truites pour pouvoir les observer longuement. Des milliers d’heures sans doute à analyser leurs moeurs et leur comportement alimentaire. Cet enseignement sur le terrain m’a permis de rapporter de nombreuses constatations, parfois surprenantes mais toujours constructives.
Chacun sait que la truite de rivière se nourrit principalement d’invertébrés subaquatiques et, à un degré moindre, d’insectes terrestres et de poissonnets. Cependant, l’essentiel de ce régime alimentaire varie en fonction du cours d’eau, de la saison, de l’endroit et parfois même du moment. Ainsi, dans certaines eaux quelque peu polluées, pauvres en larves aquatiques, les truites s’alimentent la plupart du temps de blanchaille. Un autre exemple, saisonnier celui-là, est celui du frai du vairon, qui déclenche invariable ment des moments de frénésie alimentaire chez les truites, qui savent alors chasser en groupe afin de mieux piéger ces infortunés poissonnets. De même, les loches et les chabots, par moments, se font impitoyablement pourchasser et déloger de leurs caches, les truites bousculant des galets de bonne taille s’il le faut. Dans l’un comme dans l’autre cas, cette curée reste un spectacle édifiant, les truites de rivières, enivrées sans doute par la chair et par le sang, perdant alors toute prudence.
Et puis il y a celles qui passent le plus clair de leur temps à filer à toutes nageoires pour tenter de dévorer leurs plus petits congénères, comme dans le cas cité plus en haut. Cet instinct de cannibalisme n’est pas rare, en effet, et il est remarquable de constater que, pendant leurs chasses, ces truites voraces passent au travers de bancs constitués d’innombrables vairons, sans jamais en inquiéter aucun. Un dernier cas bien particulier est celui de ces truites « dormeuses », mais cruelles tueuses. Il s’agit en effet de poissons de grosse taille, généralement, qui se posent sur le fond du cours d’eau et s’y confondent, par mimétisme. Leurs endroits de prédilection se situent aux places stratégiques, par exemple, en fin de plat, là où le courant est mince, juste en limite d’accélération ; en clair, à l’endroit où la plupart d’entre nous traversent le cours d’eau. Ces grosses truites ne dorment que d’un oeil, car il suffit qu’une truitelle ou qu’un ombre se poste à proximité pour que l’attaque se déclenche aussitôt avec une rapidité stupéfiante.

Le fin du fin : à vue !

Dans tous ces cas de figure, la pêche de ces poissons en nymphe, tout comme en sèche, reste totalement aléatoire. Seule la pêche au streamer montrera là sa supériorité. Cette technique peut se pratiquer avec succès sur tous les types de cours d’eau, quelles que soient les conditions et la saison. Bien entendu, en pleine canicule, ce n’est peut être pas vraiment la meilleure méthode, mais à cette époque, essayez de vous lever très tôt le matin pour retrouver la rivière et observer ce qui s’y passe. Il serait bien surprenant que vous n’aperceviez pas des vagues d’étraves et de larges remous près des bordures ...
Dès l’ouverture, où les eaux froides limitent l’activité des invertébrés subaquatiques, le streamer montre déjà toute son utilité. En saison et en période de fortes eaux, qui interdisent toute pratique de pêche à la mouche, il peut, là encore, se substituer à elle.
Le streamer est une pêche de prospection ayant pour but de provoquer les truites sur leurs postes. Vous devez donc posséder le sens de l’eau, savoir vous placer, lancer avec précision et discrétion, contrôler et maîtriser la dérive de la ligne, et démarrer l’animation du leurre au bon moment et au bon endroit. Bref, comme pour toute technique, il convient de respecter certaines règles, et la phase d’apprentissage demeure obligatoire. Mais le jeu en vaut la chandelle. Lorsque c’est possible, le fin du fin est la pèche de la grande truite au streamer à vue. Il faut savoir approcher prudemment le poisson convoité, l’observer longuement afin d’analyser son comportement, déterminer l’angle d’attaque, lancer et poser le streamer délicatement et judicieusement, le laisser glisser dans l’eau, puis l’animer à sa proximité pour le provoquer jusqu’à obtenir cette touche si rapide et si brutale qu’elle fait bondir le cœur ...
Le streamer, quel pied !

 
 
 

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